Lyon

Municipales : Transports publics gratuits et inflation, les deux fabriques à polémiques

10 02 2026 | Actualités

Attention sujets politiquement inflammables. Alors que de nombreux candidats prônent l’extension du domaine de la gratuité dans les transports en commun, à l’approche des municipales les 15 et 22 mars, l’Union des transports publics et ferroviaires (UTPF) convoque les électeurs à la rescousse. Mesdames et Messieurs les candidats, ce n’est pas le sujet, pour 50% des habitants, leurs tarifs de bus, trams, métros « sont adaptés », 2 % les jugeraient même trop bas.  Seule une minorité de 30 %, les trouvent trop chers.

L’UTPF fait son miel des résultats de ce sondage commandé à l’institut CSA dont ils ont dévoilé ensemble les résultats le 10 février, fruit d’un questionnaire soumis en ligne à 1033 personnes de villes de plus de 20 000 habitants. Parmi ces citoyens de rêve, 57 % sont favorables à ce que leurs futurs élus puissent  « développer l’offre (fréquence, amplitude, desserte géographique) grâce à une augmentation du prix des transports publics. »

On aurait tout de même aimé connaître leur réponse à une question qui ne leur a pas été posée — comme c’est bizarre : « Pensez-vous que la gratuité est une bonne chose pour les transports publics ? »

On connaît en revanche la réponse des opérateurs. « Nous ne sommes pas opposés à la gratuité mais nous pensons qu’elle n’est pas adaptée quand un réseau proche de la saturation, car cela en limite le développement et la possibilité de report modal » rappelle Thierry Mallet président de l’UTPF et PDG de Transdev. « Dans les petites villes, à condition que le niveau de versement mobilité le permette, elle peut en revanche inciter des nouveaux usagers à utiliser le réseau. »

Au siège de l’UTPF, la carte de France du flux et reflux du tout-gratuit est surveillée avec attention. « Bar-le-Duc y a renoncé car la gratuité finissait par limiter son offre  » indique Florence Sautejeau, la déléguée générale de l’organisation patronale.

Certitude, le tout gratuit pratiqué par Montpellier et Dunkerque inspire des candidats, le plus souvent à gauche qui défendent la mesure pour une application partielle, un peu plus rarement complète. C’est le cas à Nantes, Reims, Rennes, Tours, Marseille, Lyon et ailleurs. Dans cette ville, le favori Jean-Michel Aulas, candidat pro-entreprise a aussi le mot gratuité à la bouche mais réservée aux plus modestes. Une tarification sociale à laquelle les opérateurs ne disent pas non.

L’UTPF ferraille décidemment sur plusieurs fronts. Le maintien des tarifs à niveau constant en est un autre. Une fois les élections passées, l’action de nouveaux exécutifs à la tête des autorités organisatrices permettra de savoir si l’émotion liée à répercussion de l’inflation sur les tarifs des transports en commun est une simple baudruche qui se dégonflera ou bien un véritable obstacle à l’action.

Rappelons que le projet de loi-cadre pour les transports présenté en conseil des ministres le 11 février comporte un article faisant de l’indexation de l’inflation la règle, sauf si l’AO s’y oppose par délibération, conformément au principe de libre administration des collectivités. La révélation dans certains média grand public – avec son lot de déformations comme l’idée d’un doublement des tarifs - de cette disposition a causé un émoi tel que le gouvernement s’est montré fébrile.

Avant même que le texte ne soit débattu – pas avant les sénatoriales de septembre redoutent certains parlementaires - l’association Que Choisir exige la suppression de ce mécanisme. La présidente de l'association de consommateur Marie-Amandine Stévenin le juge « déconnecté de la réalité du service rendu. Avec ce système, un usager pourrait payer plus cher alors même que l'offre de transport se dégrade », détaille-t-elle démolissant l’argumentaire des professionnels du secteur, opérateurs et élus.

Et la représentante de l’association d’enfoncer le clou : « Cette mesure est aussi désincitative. Augmenter les prix tous les ans, automatiquement, revient à décourager l'usage des transports en commun, alors même qu'ils constituent une alternative essentielle à la voiture, plus économique pour les ménages et plus respectueuse de l'environnement».

Thierry Mallet veut croire qu’on saura remettre la question à sa juste mesure « à condition que nous fassions un travail d’explication», soulignant qu’en France la part payée par l’usager est la plus faible d’Europe avec 15%. L’usager qui travaille ayant la moitié de son abonnement payé par l’employeur et qu’il existe des tarifs sociaux.

Ce débat autour des sous feraient presque oublier les préoccupations jugées plus urgentes. Selon le sondage CSA, la demande d’un renforcement de la sécurité dans le réseau apparaît comme la deuxième attente après le renforcement de l’offre.    

Le sondage révèle aussi une tendance de fond souligne que le partage de l’espace ne va pas de soi. Non, la suppression de place de parkings dans la ville ne va pas de soi, elle énerve une majorité des personnes. 66 % des personnes interrogés y sont opposés dont 33 % très opposés. Une clé de lecture à avoir en tête pour suivre les résultats des élections à Paris, Lyon, et Bordeaux notamment où les exécutifs sortants ont mené des politiques anti-voitures assumées.

Marc Fressoz

 

 

 

 

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Lui-même se fait le chantre du décloisonnement. « Mon style est plutôt collaboratif, assure ce techno qui fut conseiller de Jean-Marc Ayrault à Matignon, puis de François Hollande à l’Élysée. J’aime bien bosser en équipe, mon bureau ressemble à une salle de réunion. » Il veillera à une ambiance de travail . « Je pense que la brutalité, c’est très contreproductif. » Le corps social du groupe public en aurait-il pâti dans le passé ?

Ces principes managériaux ne constituent pas la facette la plus formalisée des orientations stratégiques que le successeur de Jean Castex a dévoilées le 20 octobre. Mais ils composent le fond de sauce nécessaire à la mutation et le développement du transporteur de 70 000 personnes. La RATP aborde « un moment charnière », répète le PDG. Les filiales ( Cap Ile de France, RATP Dev pour la province et l’international voué à croître) vont bientôt générer plus de chiffre d’affaires que l’EPIC destiné à s’atrophier.

Après les bus, la RATP perdra bientôt en région parisienne, son fief historique le monopole du tram, et enfin des RER et des métros. Sur 9,4 milliards d'euros de chiffre d’affaires projetés en 2030 (contre 7,9 en 2025), les filiales devraient en générer 54%. Rien n’empêche d’ailleurs d’aller sur de nouveaux territoires en Ile-de-France. Le transporteur vise les lignes L et V du réseau Francilien après avoir tenté sa chance lors d’un précédent appel d’offre.

Si le pilote de l’opérateur a livré beaucoup d’indications, on reste sur sa faim concernant le futur comex du groupe et l’organisation de la gouvernance. Il faudra encore patienter « quelques mois » prévient Xavier Piechaczyk pour connaître l’état-major avec lequel il pilotera ce grand chantier.

Car le contour d’un certain nombre de grandes directions sont amenées à connaître un redécoupage avec probablement des changements de tête. Loin d’être anodines, les réflexions inachevées portent sur l’articulation entre les filiales et la tête du groupe et sur le degré de mutualisation des fonctions support et des expertises. « La tête du groupe fixe les grandes orientations, réalise les arbitrages, elle va aussi accueillir des fonctions expertes rares » explique la RATP.

Outre le bon positionnement de ces savoir-faire, les cogitations concernent aussi celui du secrétariat général, des finances, des RH, et de la communication et du marketing. Parmi les syndicats, la CFE CGC espère « une gouvernance claire, cohérente et fiable pour assurer l’avenir de la RATP ».

Pour l’instant, le patron et ses collaborateurs se sont attachés à définir la raison d’être du groupe  ( «Au service de la qualité de ville» ) et à mettre en lumière auprès des salariés l’ADN et les forces d’un groupe industriel aux compétences rares.

Elles s’organise en trois métiers distincts : opérateur et mainteneur complet de solutions de transport ; gestionnaire et valorisateur d’infrastructures urbaines ( tunnels, voies, réseau de chaleur ou de froids, réseau télécom) ; enfin concepteur financeur et exploitant d’équipements et bâtis urbains.

Bref, un travail nécessaire pour rassurer le personnels soumis à des séries de réorganisation ces dernières années, dans une entreprise en pleine mutation identitaire. La conférence de presse de Xavier Piechaczyk s’est d’ailleurs achevée sur le sujet du relookage du logo RATP – un visage dans un cercle symbolisant la Seine et la région parisienne. Il a fait l’objet d’une réflexion entamée avant l’actuel PDG avec une agence de communication, et enrobée d’un discours conceptuel autour du « territoire de marques » à réarticuler.

Résultat des courses : statu quo général, hormis des évolutions cosmétiques que Xavier Piechaczyk a commenté de façon comique : « Ici nous avons rectifié le cercle pour qu’il soit parfaitement circulaire », les bras de Seine ont été raccourcis, là nous avons changé la police de caractère, ici la typographie bleue s’avère « plus affinitaire et impactante ». « Jamais, je n’aurais changé ce logo iconique  » a-t-il glissé ensuite. Bref, c’est qui le patron ?

Marc Fressoz

 

La RATP réussira-t-elle son chantier de la simplification ? En tout cas, elle part en chasse contre son trop plein de normes internes et ses écrits qui étouffent parfois son fonctionnement. « Nous avons identifié 30 % d’instructions générales qui étaient inutiles, superfétatoires » explique Xavier Piechaczyk à la tête du groupe depuis février 2026. Cela a fait partie de mon rapport d’étonnement en arrivant, j’ai même trouvé une instruction générale expliquant comment rédiger une instruction générale ». Bref trop « centralisé par endroit »,  l’EPIC mérite « un travail de fond très important d’allégement normatif » afin de redonner un peu de sens au travail des manageurs. 

Lui-même se fait le chantre du décloisonnement. « Mon style est plutôt collaboratif, assure ce techno qui fut conseiller de Jean-Marc Ayrault à Matignon, puis de François Hollande à l’Élysée. J’aime bien bosser en équipe, mon bureau ressemble à une salle de réunion. » Il veillera à une ambiance de travail . « Je pense que la brutalité, c’est très contreproductif. » Le corps social du groupe public en aurait-il pâti dans le passé ?

Ces principes managériaux ne constituent pas la facette la plus formalisée des orientations stratégiques que le successeur de Jean Castex a dévoilées le 20 octobre. Mais ils composent le fond de sauce nécessaire à la mutation et le développement du transporteur de 70 000 personnes. La RATP aborde « un moment charnière », répète le PDG. Les filiales ( Cap Ile de France, RATP Dev pour la province et l’international voué à croître) vont bientôt générer plus de chiffre d’affaires que l’EPIC destiné à s’atrophier. 

Après les bus, la RATP perdra bientôt en région parisienne, son fief historique le monopole du tram, et enfin des RER et des métros. Sur 9,4 milliards d'euros de chiffre d’affaires projetés en 2030 (contre 7,9 en 2025), les filiales devraient en générer 54%. Rien n’empêche d’ailleurs d’aller sur de nouveaux territoires en Ile-de-France. Le transporteur vise les lignes L et V du réseau Francilien après avoir tenté sa chance lors d’un précédent appel d’offre.

Si le pilote de l’opérateur a livré beaucoup d’indications, on reste sur sa faim concernant le futur comex du groupe et l’organisation de la gouvernance. Il faudra encore patienter « quelques mois » prévient Xavier Piechaczyk pour connaître l’état-major avec lequel il pilotera ce grand chantier. 

Car le contour d’un certain nombre de grandes directions sont amenées à connaître un redécoupage avec probablement des changements de tête. Loin d’être anodines, les réflexions inachevées portent sur l’articulation entre les filiales et la tête du groupe et sur le degré de mutualisation des fonctions support et des expertises. « La tête du groupe fixe les grandes orientations, réalise les arbitrages, elle va aussi accueillir des fonctions expertes rares » explique la RATP.  

Outre le bon positionnement de ces savoir-faire, les cogitations concernent aussi celui du secrétariat général, des finances, des RH, et de la communication et du marketing. Parmi les syndicats, la CFE CGC espère « une gouvernance claire, cohérente et fiable pour assurer l’avenir de la RATP ».

Pour l’instant, le patron et ses collaborateurs se sont attachés à définir la raison d’être du groupe  ( «Au service de la qualité de ville» ) et à mettre en lumière auprès des salariés l’ADN et les forces d’un groupe industriel aux compétences rares. 

Elles s’organise en trois métiers distincts : opérateur et mainteneur complet de solutions de transport ; gestionnaire et valorisateur d’infrastructures urbaines ( tunnels, voies, réseau de chaleur ou de froids, réseau télécom) ; enfin concepteur financeur et exploitant d’équipements et bâtis urbains.

Bref, un travail nécessaire pour rassurer le personnels soumis à des séries de réorganisation ces dernières années, dans une entreprise en pleine mutation identitaire. La conférence de presse de Xavier Piechaczyk s’est d’ailleurs achevée sur le sujet du relookage du logo RATP – un visage dans un cercle symbolisant la Seine et la région parisienne. Il a fait l’objet d’une réflexion entamée avant l’actuel PDG avec une agence de communication, et enrobée d’un discours conceptuel autour du « territoire de marques » à réarticuler.

Résultat des courses : statu quo général, hormis des évolutions cosmétiques que Xavier Piechaczyk a commenté de façon comique : « Ici nous avons rectifié le cercle pour qu’il soit parfaitement circulaire », les bras de Seine ont été raccourcis, là nous avons changé la police de caractère, ici la typographie bleue s’avère « plus affinitaire et impactante ». « Jamais, je n’aurais changé ce logo iconique  » a-t-il glissé ensuite. Bref, c’est qui le patron ?

Marc Fressoz

Derrière sa nouvelle signature « Bienvenue en ville », et confronté à l’érosion de ses positions historiques en Île-de-France, Xavier Piechaczyk veut transformer l’opérateur parisien en groupe industriel international. Objectif : 20 % de chiffre d’affaires supplémentaire d’ici 2030. Une ambition qui repose sur la conquête de nouveaux marchés et sur la valorisation d’un patrimoine à valoriser.

La RATP change d’époque. Et Xavier Piechaczyk semble avoir parfaitement compris que le temps des marchés protégés touche à sa fin. L’ouverture à la concurrence en Île-de-France bouleverse le modèle économique du groupe. Il ne suffit plus d’exploiter le métro parisien et de défendre ses positions historiques. Il faut conquérir des marchés, dégager des marges et trouver de nouveaux relais de croissance.

Le chiffre le plus révélateur concerne les filiales. Dès 2027, elles représenteront plus de la moitié de l’activité du groupe. Leur chiffre d’affaires doit atteindre 5 milliards d’euros en 2030, soit un doublement annoncé. Mais attention à l’effet d’annonce : cette progression intègre le transfert des activités historiques du bus vers RATP Cap Île-de-France. Une croissance en partie comptable, donc, qui ne saurait masquer l’enjeu de la conquête commerciale. Ce n’est pas du Bonetto.

Xavier Piechaczyk entend concentrer ses forces là où la RATP dispose d’un véritable avantage concurrentiel : les réseaux complexes et, surtout, le métro automatique. Le groupe revendique une position de numéro un mondial dans cette spécialité dès 2027.

Le message adressé à Keolis, Transdev et aux grands opérateurs internationaux est limpide : la RATP ne cherchera pas nécessairement à être présente partout, mais à s’imposer sur les marchés les plus techniques et les plus rémunérateurs.

L’autre pari est moins spectaculaire, mais potentiellement lucratif. Tunnels, fibre optique, réseaux énergétiques, immobilier, maintenance : Xavier Piechaczyk veut transformer les savoir-faire et les actifs du groupe en véritables centres de profit. La RATP ne vendrait plus seulement des kilomètres parcourus, mais des compétences industrielles et des services urbains.

Cette diversification pose néanmoins une question : jusqu’où peut-elle s'éloigner de son métier historique sans disperser ses moyens ?

Enfin, Xavier Piechaczyk promet une direction resserrée, davantage d’autonomie aux filiales et moins de normes internes. Derrière cette réforme de gouvernance se profile un enjeu décisif : faire fonctionner une entreprise publique historique avec la réactivité d’un groupe soumis à la concurrence.

Reste une faiblesse dans cette feuille de route : si les objectifs de chiffre d’affaires sont affichés, les investissements, les marges visées et les économies attendues ne sont pas détaillés.

La RATP a donc fixé son cap, mais pas encore dévoilé tous les moyens de l’atteindre.

PL