Le Paris–Berlin de nuit, que la SNCF s’apprête une nouvelle fois à ranger au grenier du service public, retrouvera bientôt la voie… mais sous un autre pavillon. Alors que la relation opérée avec la Deutsche Bahn et les ÖBB doit s’arrêter le 13 décembre, une jeune coopérative belgo-néerlandaise, European Sleeper, se prépare à reprendre le flambeau. Un renversement étonnant, presque romanesque, qui en dit long sur le moment ferroviaire que traverse l’Europe.
L’épisode SNCF est connu : relancé en fanfare il y a deux ans, le train de nuit vers Berlin n’aura pas survécu à la non-reconduction en 2026 de l’aide au démarrage accordée par l’État. Sans ce soutien, l’équation économique devient intenable. Les NightJet s’effaceront donc, laissant derrière eux un goût d’inachevé et la frustration de ceux qui voyaient, timidement, émerger une alternative crédible à l’avion entre capitales européennes. Ironie du sort, les TGV, eux, se portent à merveille : la liaison diurne Paris–Berlin rencontre un tel succès que la SNCF prévoit d’en renforcer la fréquence.
C’est précisément dans ce vide que s’engouffre European Sleeper. Fondée sur un modèle coopératif et participatif – financée par des milliers de petits investisseurs européens –, l’entreprise s’est fait une spécialité de relancer les corridors nocturnes délaissés par les opérateurs historiques. Après Bruxelles–Berlin–Prague, elle ambitionne désormais de rattacher Paris à son réseau en pleine expansion. Trois allers-retours hebdomadaires sont prévus, comme le faisaient les NightJet, mais exclusivement vers Berlin pour garantir la stabilité de l’exploitation.
Le futur Paris–Berlin de l’opérateur empruntera une route plus septentrionale que celle de la SNCF : départ de Paris-Gare du Nord, passage par Aulnoye ou Douai, puis escale à Bruxelles et Hambourg avant de rejoindre la capitale allemande. Ce tracé répond à un enjeu central : trouver des sillons de nuit encore disponibles dans un réseau européen saturé. Il permet aussi une connexion naturelle avec les lignes déjà opérées par European Sleeper.
La coopérative mise sur des voitures-couchettes rénovées, un confort modernisé, une atmosphère apaisée et un service pensé pour les voyageurs longue distance. Moins luxueux que les rames neuves des ÖBB, mais plus agiles, plus sobres, et suffisamment attractives pour séduire une clientèle croissante en quête d’alternatives bas-carbone. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : réinventer le voyage en dormant plutôt qu’en polluant. Et rappeler qu’un Paris–Berlin en train émet jusqu’à soixante fois moins de CO₂ qu’un vol équivalent.
Dans cette bataille symbolique, European Sleeper apparaît comme l’acteur inattendu d’un sursaut ferroviaire européen. Tandis que la SNCF renonce, une petite coopérative aimerait démontrer qu’une autre voie est possible. Et que les nuits européennes n’ont peut-être pas dit leur dernier mot.
PL



