Ce n’est pas le genre de la maison de se jeter des fleurs. Son co-fondateur s’accorde cependant quelques entorses à la règle. « Nous pouvons nous féliciter d’avoir fait le bon choix en nous recentrant sur l’autocar et le poids lourd. Nous avons abandonné le marché des pick-up et sommes resté concentrer sur le retrofitage électrique sans se risquer l’hydrogène » analyse Emmanuel Flahaut, le directeur général de Retrofleet. En quelques années, certains de ses concurrents positionnés sur ce filon ont jeté l’éponge une fois le robinet à subventions tari.
« Fin 2025, nous aurons rétrofité 200 autocars et prévoyons d’en transformer 250 de plus en 2026, annonce cet ancien ingénieur du CEA. Notre chiffre d’affaires devrait passer de 25 millions cette année à 40 millions d’euros l’an prochain. » Les clients sont variés, aussi bien des PME que des autorités organisatrices régionales avec leur opérateur, comme le Centre Val-de-Loire dont un Iveco Crossway était d’ailleurs exposé aux dernières RNTP à Orléans. Au final, la société qui dispose de 5 sites en France vogue vers le rythme d’un kit installé par jour.
Créée en 2020, le start up Retrofleet a trouvé son rythme de croisière, son modèle économique – sans subvention – et a clarifié son actionnariat. Groupe français d’envergure mondial spécialisé dans la distribution de pièces détachées, Car et bus maintenance (CBM) est désormais seul aux commandes de la société installée en Savoie. Après une prise de participation majoritaire 2024, cet industriel aux reins solides a fini de remplacer banques et fonds d’investissement au printemps 2025.
Sa pérennité et son ancrage hexagonal — « produire en France est un combat » concède le dirigeant — valent à Retrofleet les honneurs de la Grande exposition du fabriqué en France, les 15 et 16 novembre, une manifestation créée par le Président de la République. « Nous aurons un autocar stationné devant l’Élysée car il ne peut pas rentrer dans la cour » souligne Retrofleet
L’homologation d’un Mercedes Intouro rétrofité a ouvert de nouvelles perspectives en élargissant la cible au-delà des propriétaires d’Iveco. « Nous sommes référencés par l’UGAP et nous nous développons aussi en Europe, notamment en Italie où nous avons une base à Turin avec la transformation de 30 véhicules en Toscane pour RATP Dev » continue le DG, également occupé avec Cyril Carprentier le directeur de Mona Energy à accompagner le développement de cette filiale axée sur la fourniture de bornes de recharge.
Cette “success story“ fondé sur le recyclage d’autocars diesel existant ne va-t-elle pas commencer à agacer les constructeurs de véhicules électriques neufs ? D’un montant de 140 000 € environ le prix moyen de la transformation de véhicule avec les primes CEE, l’investissement est bien moindre que l’achat d’un matériel roulant pour lequel il faut débourser trois fois plus. Sur un marché qui se développe, il y a de la place pour tout le monde répond en substance la PME.
Marc Fressoz



