Vers quoi Frédéric Van Heems veut embarKer Keolis

16 10 2026 | Actualités

Six mois après son arrivée, Frédéric Van Heems a gagné une course symbolique face à son homologue de la RATP. Le 15 octobre, le patron de Keolis a dégainé le premier son plan stratégique élaboré avec ses équipes.

Baptisé Embark 2030, il vise une amélioration de la rentabilité - « mon objectif est de porter la marge de 0,5 à 1,5 % du résultats net en 2030 » énonce-t-il. Les recettes : une plus grande sélectivité dans les appels d’offre, une amélioration de la gestion contractuelle et un développement international accru avec l’idée que, dans les zones cibles ( Australie, USA, Europe etc.), la rentabilité viendra de l’effet d’échelle.

Frédéric Van Heems a beau prévenir ( « Nous roulons sur des rails et des pneus mais pas sur l’or, » ) et souligner la prudence de ses actionnaires franco-canadiens, la SNCF (70%) la Caisse (30%) qui ne lui ont pas transmis « leur carte bleue ni leur carnet de chèques », il n’empêche le trio est aligné autour de fortes ambitions de croissance externe.

« Nous avons un travail à systématiser dans chaque zone géographique pour identifier des cibles explique-t-il. Des petits acteurs locaux ou de gros concurrents » anglo-saxons actifs en UK, Australie etc. détenus par des fonds d’investissement qui finissent après quelques années par sortir du capital.  Utilisé par Transdev, ce levier a permis à Transdev de changer de dimension en Amérique du nord devenu son premier marché.

Nommé le 4 février, un bon mois avant Frédéric Van Heems, Keolis, Xavier Piechaczyk divulguera son plan stratégique - et le nouveau logo RATP ! - pour l’ensemble du groupe. C’est bien évidemment sur le fond que se jouera la compétition entre les deux opérateurs publics, en particulier sur la façon d’aborder un marché français – 52 % du CA de Keolis – promis à la tourmente. L’éclatement annoncé d’une violente crise des finances publiques - nationales et locales - agira comme un “stress test“ quant à la pertinence des voies choisies.  

Plus resserré, plus lisible, l’organigramme de Keolis traduit le bon sens et la simplicité invoquée par le patron. La direction internationale qui était assurée par Laurence Broseta a disparu, trois directions régionales élargies ( Amérique du Nord-UK-Irlande ; Moyen Orient -Asie- Pacifique ; Europe du Nord )   plus autonome, étant reliée directement à la présidence. Clément Michel orchestre désormais une vaste direction du développement et de l’expertise, coiffant en outre Effia, Keolis Santé et Cykléo.

La France se trouve désormais réunifiée sous le commandement d’Anne-Lise Avril, le découpage en dentelle ( interurbain et petites villes d’un côté, métropoles de l’autre ) mis en place sous la présidence de Marie-Ange Debon s’avérant compliqué et inadapté aux enjeux de multimodalité, promis à « un âge d’or » et aux projets de SERM.

Toute de même, comment interpréter le positionnement affiché par Keolis vis-à-vis de son fief hexagone ? Chronique d’un reflux assumé du bras armé de la SNCF ? Ou stratégie de lobbying sur les élus ? Frédéric Van Heems ne veut pas tomber dans la spirale des offres «low cost » et parie que les élus opteront pour les offres mieux disantes comportant des innovations à base d’IA notamment. Il parie sur des DSP élargies aux bassins de vie, propices aux économies d’échelle, se refusant à imaginer publiquement des amputions d’offre.

Alors que le porte-monnaie des AO rétrécit, l’ambition affichée paraît optimiste. Pour atteindre ses objectifs le patron de Keolis vise des contrats assurant « une marge 2 à 3 % de marge » là où celle des contrats actuels en Ile-de-France se situe entre zéro et 0,5 points. Un saut considérable et dont l’atteinte laisse la concurrence interrogative.

Si l’opérateur a perdu un certain nombre de positions ces derniers temps – RATP Dev devrait lui ravir le réseau de Nancy, verdict le 23 octobre – la rotation des contrats devrait lui être profitable. C’est ce qu’on souhaite à l’opérateur qui entre dans l’ère du Grand Paris Express. En attendant les lignes 16 et 17, Keolis a enfin reçu le 13 octobre les clés de la ligne 18 pour deux mois de marche à blanc devant déboucher, sauf ennuis de dernière minute, par une ouverture en fin décembre.

Marc Fressoz

 

 

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