À peine trois ans après avoir confié son réseau MAT à Transdev, Saint-Malo Agglomération, prendra en main l'exploitation de ses transports et vire de bord cap vers une SPL société publique locale, MAT Mobilités. Une reprise en main qui intervient après un démarrage difficile du nouveau réseau et illustre aussi l'appétence de certaines collectivités pour la gestion directe.
Le contrat devait courir sept ans. Il n'ira finalement pas à son terme. Le 25 juin dernier, les élus de Saint-Malo Agglomération ont acté le changement de mode de gestion du réseau MAT et la création de la SPL MAT Mobilités. Le portail officiel des délibérations fait apparaître successivement le choix du nouveau mode de gestion, la création de la SPL et un avenant au contrat de délégation de service public avec Transdev.
À compter du 1er juillet 2027, la nouvelle société prendra directement les commandes du réseau. Son capital sera détenu à 90 % par Saint-Malo Agglomération et à 10 % par la Ville de Saint-Malo. La structure pourrait également faciliter à terme des coopérations avec les territoires voisins. AGIR Transport accompagne l'agglomération dans la préparation de cette transition.
Le retournement est d'autant plus notable que Transdev avait décroché le réseau MAT en juin 2024 face à l'exploitant sortant RATP Dev. Mobily-Cités avait alors replacé Saint-Malo dans le grand « mercato » des réseaux de transport public de l'automne 2024.
Le contrat avait démarré le 1er septembre 2024 et sa valeur avait été annoncée à 92 millions d'euros pour sept années d'exploitation. Le projet était ambitieux : plus de 5 millions de voyageurs en année pleine, 2,7 millions de kilomètres commerciaux, développement du transport à la demande, réorganisation du scolaire, nouvelles solutions numériques et plus de 12 millions d'euros d'investissements prévus pour renouveler et décarboner le parc.
Mais le lancement du nouveau réseau, le 6 janvier 2025, avait rapidement connu des difficultés. Dès février, Saint-Malo Agglomération faisait publiquement état de « dysfonctionnements » et pointait notamment une anticipation jugée insuffisante, un sous-dimensionnement des moyens consacrés au transport à la demande ainsi qu'une communication défaillante. La collectivité avait alors demandé à Transdev d'augmenter ses moyens et d'apporter plusieurs correctifs au réseau.
Le transport à la demande avait notamment cristallisé certaines critiques. Dans notre hors-série Intelligence artificielle & Mobilités, Alain Richner, vice-président de la Fnaut, évoquait précisément le cas de Saint-Malo pour mettre en garde contre la substitution d'un TAD à une ligne régulière, notamment lorsqu'il s'agit pour un voyageur de rejoindre une gare avec une heure d'arrivée suffisamment prévisible.
Une SPL reste une société de droit privé, mais son capital est entièrement public et elle travaille exclusivement pour ses collectivités actionnaires. Saint-Malo Agglomération pourra ainsi piloter son opérateur comme un outil interne, sans passer par le schéma traditionnel d'une délégation de service public confiée à un grand groupe.
C'est précisément ce que met en avant AGIR Transport, qui accompagne déjà d'autres collectivités dans la création ou la structuration d'opérateurs internes. L'association inscrit d'ailleurs Saint-Malo dans une tendance plus générale en faveur de la gestion directe. Selon un sondage Viavoice réalisé pour AGIR en 2024, 57 % des Français interrogés déclaraient préférer une gestion des transports publics directement exercée par la collectivité, contre 11 % privilégiant la gestion déléguée à un opérateur privé. La collectivité recrute d'ailleurs déjà autour de cette transformation ; une offre publiée cet été mentionne explicitement la mise en place de la SPL et le renouvellement du système billettique MAT.
Le cas malouin mérite donc d'être suivi bien au-delà de la Bretagne. Trois ans après avoir choisi un grand opérateur privé pour transformer son réseau, Saint-Malo choisit finalement de devenir, à travers sa SPL, son propre exploitant.
Pierre Lancien
