BYD primé à Madrid :
« La concurrence chinoise pousse aussi les Européens »
En décrochant le Sustainable Bus Award 2027 dans la catégorie Intercity, BYD franchit une nouvelle étape sur le marché européen. Pour Stéphane Espinasse, qui pilote notamment le développement commercial bus et cars du constructeur en Europe, cette distinction valide autant le produit que l’écosystème industriel qui l’accompagne. Et intervient en plein débat sur les CEE et la préférence européenne.
Le symbole est assez fort. À Madrid, le BYD B12.b HF s’est imposé face au Mercedes-Benz eIntouro et au Yutong IC12E. Deux constructeurs chinois figuraient donc parmi les trois finalistes d’une catégorie Intercity longtemps chasse gardée des industriels européens.
Pour BYD, cette récompense marque surtout une nouvelle étape. Après le bus urbain, le constructeur s’attaque désormais à l’interurbain avec un véhicule électrique revendiquant jusqu’à 655 km d’autonomie.
« Le jury va très loin dans l’analyse. Il ne regarde pas seulement le véhicule, mais tout l’écosystème », souligne Stéphane Espinasse, particulièrement fier de cette distinction.
Le prix tombe surtout au moment où la France débat de l’évolution des CEE et de critères favorisant davantage la production européenne. Un sujet sensible pour BYD, qui entend justement accroître la part de valeur ajoutée réalisée en Europe.
Stéphane Espinasse ne conteste d’ailleurs pas l’objectif :
« Bien sûr qu’il faut pousser l’industrialisation et conserver les chaînes de valeur en Europe. Mais il faut aussi permettre les partenariats et les investissements qui apportent les meilleures technologies».
Une exigence de 75 % de contenu européen lui paraît en revanche particulièrement difficile à atteindre, y compris pour certains constructeurs historiques.
Derrière le débat réglementaire se joue aussi celui des prix. Stéphane Espinasse évoque un écart de compétitivité de l’ordre de 10 à 20 % entre offres chinoises et européennes et assume le rôle d’aiguillon joué par les nouveaux entrants :
« La concurrence chinoise pousse aussi les constructeurs européens ». Nous confie t-il.
La prochaine bataille est déjà identifiée : l’électrification de l’interurbain. Après le tsunami électrique qui a bouleversé le bus urbain, l’autocar et les lignes régionales constituent le prochain terrain de conquête.
L’Europe cherche à protéger son industrie. Les constructeurs chinois, eux, avancent leurs pions, industrialisent en Europe, recrutent ceux qui connaissent le marché et élargissent leurs gammes. À Madrid, BYD vient de montrer qu’ils sont désormais dans la compétition.
Cette offensive donne un relief particulier au débat engagé en France autour des CEE et de la préférence européenne. Mobily-Cités le soulignait récemment : à trop conditionner les aides à une fabrication européenne, ne risque-t-on pas de ralentir la décarbonation alors que l’industrie chinoise dispose de capacités de production, de technologies éprouvées et d'une offre immédiatement disponible.
Pierre Lancien
