Comment Jean Castex justifie le changement de tête à Voyageurs 

06 10 2026 | Actualités

«Je pense que sa réforme de SNCF Voyageurs était trop conservatrice.» A l’occasion du bilan de l’été dressé le 1er octobre devant la presse, le PDG de la SNCF s’est justifié pour la première fois au sujet du limogeage en juillet de Christophe Fanichet, le PDG de SNCF Voyageurs.

« Ce sujet ne passionne peut-être pas tout le monde », a-t-il nuancé avant de montrer à quel point il brûlait d’expliquer une décision dont les ressorts ont suscité de nombreuses interrogations, voire une incompréhension parmi les cadres supérieurs et les dirigeants. Soucieux de sa côte de popularité et de sa légitimité en interne, Jean Castex a pris la parole, le communiqué couperet diffusé le 21 juillet n’ayant pas suffi.

Objet officiel de la rupture : le projet Destination 2030 qui devait séparer plus nettement le pôle TGV-Intercités et le pôle TER-Transilien pour adapter encore plus la SNCF à l’ouverture du marché. «La couche supérieure était un peu trop épaisse, avec un DRH pour chaque activité au lieu d’un seul pour l’ensemble. On ne peut pas en parallèle demander des efforts aux autres sur le terrain» avance Jean Castex, en référence aux salariés des filiales TER auxquels il entend offrir davantage de garantie d’appartenance au groupe ferroviaire.

L’explication vaut ce qu’elle vaut. La distinction entre les deux activités n’est pas pour autant remise en cause par la nouvelle organisation en gestation. «Je suis chargé de mettre davantage de liant» résume Jean-Aimé Mougenot, promu directeur général et «Pape de transition» de SNCF Voyageurs, pour reprendre le mot d’un observateur.

Une divergence plus fondamentale a trait à la façon d’épouser l’ouverture à la concurrence, à travers la billettique. Christophe Fanichet « avait proposé que la SNCF soit distribuée par les concurrents, j’ai dit non» explique Jean Castex.

Rien de personnel assure-t-il. «On ne s’est pas quitté fâchés» et «le bilan de la SA Voyageurs est bon» souligne le patron des cheminots. D’ailleurs, malgré les intempéries qui ont fortement dérangé l’activité ( canicules, graves incendies etc.) et avec 92 millions de passagers transportés, « nous avons fait un été exceptionnel, alors qu’on nous disait qu’il serait difficile de faire mieux qu’en 2025 » se félicite l’ex-Premier ministre. Quant aux billets tout juste mis en vente pour les vacances de Noël, ils sont partis en un temps record.

 Cette séparation résulte aussi d’une simple incompatibilité entre deux personnalités «En les voyant pour leur première réunion, j’ai compris que ça n’allait pas marcher. Christophe Fanichet ne savait pas comment se comporter par rapport à Castex. On pouvait le lire dans sa gestuelle» observe un connaisseur. Et «cela a fini en clash entre eux cet été» rapporte un cheminot.

 Bref, la vie d’une entreprise avec ces cycles, qui permettent à d’autres dirigeants d’émerger. L’homme qui monte sous l’ère Castex, c’est « Alain », Alain Krakovitch sur lequel le premier s’est appuyé plusieurs fois durant la conférence de presse, et qui a fait impression lors du séminaire des cadres dirigeants en septembre.

Relégué dans l’ombre de Christophe Fanichet à la direction du Matériel, il a obtenu en sus la fonction de directeur général adjoint de SNCF Voyageurs, au même titre que Karine Dussert -Sarthe ( elle lui a succédé à la tête de TGV-Intercités ). Arrivée en mai en provenance de chez Orange, elle doit encore se familiariser avec les rouages de la maison SNCF.

 Le résultat de ce remaniement est tangible, Jean Castex est parvenu à son but. Son interprétation de la réforme de la réforme de la SNCF de 2018 diffère de celle son prédécesseur Jean-Pierre Farandou. Il entend unifier le commandement autour de lui et réduire la distance entre les dirigeants des SA et le patron de la holding.

« En débarquant de la RATP où les activités sont encore intégrées, il a compris que le PDG de la holding SNCF n’a pas vraiment les manettes en mains. Une grande partie du pouvoir est désormais passée dans les deux grandes filiales, Voyageurs et Réseau », analyse un représentant des salariés.

Pour la première fois, c’est donc le PDG de la SNCF et non plus celui de Voyageurs qui a présenté le bilan du trafic estival. Jean Castex était flanqué du DG de Voyageurs et d’un DGA de SNCF Réseau, Olivier Bancel. Une centralisation du pouvoir qui signifie aussi une résistance à la libéralisation du marché que Jean Castex voit comme un éclatement de la SNCF.

Cet épisode a permis au PDG de la SNCF de faire du Jean Castex, commentant de façon détaillée l’évolution de la météo estivale, son impact sur la régularité, activité par activité, avec force schémas. Comme à l’époque où, depuis Matignon, il commentait les chiffres du Covid.

Marc Fressoz

 

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