A force, on ne compte plus les retards… La Société des Grands Projets (SGP) recule encore l’ouverture de lignes du Grand Paris Express. Après avoir repoussé au mois de juin l’entrée en scène de la « 15 sud » à l’automne 2027, c’est au tour des lignes 16 et 17 de faire l’objet d’un report officiel.
La SGP l’annonce de façon quelque peu alambiquée, en évitant l’usage du mot retard : Elle a « revu le calendrier des différentes phases de mise en service de ces deux lignes ainsi que leur périmètre géographique » a-t-elle averti à l’issue d’un conseil de surveillance le 24 septembre. Au lieu de 2027 et 2028, ce seront « deux premières mises en service échelonnée entre 2028 et 2029 ».
Jean-François Monteils, le président du directoire et son état-major ont changé leur fusil d’épaule, de façon sans doute plus réaliste. Au lieu d’une ouverture d’un seul tenant de chacun des deux axes, ils optent désormais pour un phasage commençant par le tronçon commun.
Concrètement, une première phase de mise en service est prévue à l’automne 2028 sur un périmètre allant, pour la ligne 16, de Saint-Denis Pleyel à la gare du Parc du Blanc-Mesnil, et, pour la ligne 17, de Saint-Denis Pleyel au Bourget Aéroport.
Puis une deuxième phase est prévue à l’automne 2029 sur un périmètre élargi jusqu’à Noisy-Champs pour la ligne 16, et jusqu’au Parc des Expositions pour la ligne 17.
Pour utiliser le dernier tronçon de la 17 jusqu’à la gare du Mesnil-Amelot, les usagers devront attendre fin 2030.
Les réactions n’ont pas tardé à fuser. « Notre déception est à la hauteur de l’attente suscitée par l’arrivée de ces nouvelles lignes de métro en Seine-Saint-Denis » ont déploré plusieurs édiles emmenés par le président du Département Stéphane Troussel. « Les nouvelles échéances annoncées représentent ainsi une année d’attente supplémentaire » déplorent-ils. Et « ce sont deux années de retard pour Aulnay-sous-Bois, Clichy-sous-Bois, Livry-Gargan, Montfermeil, Noisy-le-Grand et Sevran.»
Fragilisé par cette nouvelle déconvenue, le patron de la SGP Jean-François Monteils joue sa crédibilité auprès de collectivités échaudées à force de promesses non tenues. La « crise de confiance » n’est pas loin avertit Île-de-France Mobilités (IDFM). « Pour rétablir la crédibilité de la parole publique », l’AO demande que la Société des Grands Projets stabilise de manière solide ses calendriers et que ce décalage soit le dernier ».
Comment le maître d’ouvrage du super métro justifie-t-il celui-ci? C’est l’effet domino du décalage de la ligne 15 sud dont les 16 et 17 partagent le même système de métro automatique. Une «analyse approfondie» de ce report a fait émerger qu’un «intervalle de 9 à 12 mois» serait «nécessaire» entre la mise en service de la ligne 15 Sud et des lignes 16 et 17.
En conséquence, la vigilance se porte sur les conditions de réussite de l’accouchement de la « 15 sud ». Aussi, sous la pression d’IDFM qui a fait entrer dans le jeu deux experts aguerris – Didier Bense et Yves Ramette -, la SGP a-t-elle fait évoluer son organisation pour pallier ses lacunes en matière de phase de livraison de système et recadrer le travail. Un groupe de travail renforce les synergies entre IDFM, la SGP ainsi que les opérateurs RATP Dev et RATP GI et les différents industriels (Siemens/Hitachi, Systra et Alstom). Il doit être « à même de gérer les sujets sensibles en ayant une vision globale et partagée de l’ensemble du projet » indique IDFM .
Avec la ligne 18, on sera fixé dans les prochaines semaines sur la capacité du maître d’œuvre du Grand Paris à rétablir le cap. Sans se risquer à une date précise, la SGP confirme l’ouverture du premier tronçon « en décembre ». On note que la remise des clés à IDFM et aux opérateurs ( Keolis et RATP infra) a ripé d’une dizaine de jours passant du 30 septembre au 13 octobre. Les 4 gares ont « reçu un avis positif des commissions de sécurité » note la SGP. Mais la préfecture n’a commencé à l’examen du dossier de sécurité du système que le 3 septembre. On perçoit la prudence d’Île-de-France Mobilités qui « s'assurera que tout fonctionne correctement avant d'accepter le transfert à l'opérateur ».
Marc Fressoz
