La SNCF dévoile son carré magique censé aider à catalyser des fonds publics mais aussi privés - ce serait une première - vers la rénovation de ses gares. Le 15 octobre, c’est Alain Resplandy-Bernard, le nouveau directeur général de SNCF Gares & Connexions qui a lui-même activé le dispositif à Paris Gare de Lyon en révélant à la lumière une plaque portant l’inscription “ Gare remarquable ” avec un dessin ésotérique d’horloge élaboré dans les arcanes de la maison. « Je ne saurais dire qui en a eu l’idée, c’est le fruit d’un travail collectif » assure le dirigeant arrivé en octobre 2025.
Sans une initiation accélérée permise par le dossier de presse, on mettrait du temps à décrypter le sens des symboles. Le cadran, c’est la ville qui entoure la gare ; le carré, c’est la gare ; au milieu les aiguilles sur 1h37, c’est bien sûr pour rappeler l’année 1837 qui a vu apparaître la première gare de voyageur ; la pointe arrondie de l’aiguille du haut c’est le bout d’un TGV.
Quant aux ornements sur l’extérieur du cercle, ils font penser à un ananas arrondi qui aurait quatre queues. En fait ce sont les ornements des gares des origines.
La gare de Lyon fait ainsi partie des 47 premiers édifices labellisées comme remarquables par la filiale de la SNCF. La liste comprend notamment Austerlitz, Paris Nord, Vanves Malakoff, Modane, Clermont Ferrand, Limoges, Tours, Chartres, Amiens, Lens... Impossible de toutes les citer. « Elles correspondent à celles inscrites au répertoire des Monuments historiques ou distinguées comme Architecture contemporaine remarquable » précise le directeur général. On note la présence de TGV Meuse, seule représentante de l’ère de la grande vitesse.
Une seconde vague mettra à l’honneur d’autres échantillons de ce beau patrimoine ferroviaire. D’ici là, début 2027 Gares et Connexions aura embarqué des élus, des institutions publiques, et des représentants d’instances académiques au sein de son futur « comité scientifique de labellisation ». Figure populaire de la défense du patrimoine, Stéphane Bern en sera-t-il ?
Mais à quoi bon sur-èlabelliser ses édifices qui le sont déjà ? C’est que la SNCF veut créer « une mobilisation », « mettre à l’honneur les gares reconnues pour leur valeur architecturale, mémorielle ou esthétique » et comme sites emblématiques des villes et des territoires. Alain Resplendy-Bernard pousse encore plus loin l’explication : « C’est un patrimoine essentiel pour la nation dont nous sommes garants, les Français adorent leurs gares, ils sont très fiers, et il faut donner envie d’en prendre soin et également le défi de l’adaptation climatique ».
Dans chaque ville impliquée, la SNCF compte bien enclencher un mouvement, grâce aux associations de passionnés du patrimoine, grâce aux médias locaux, grâce au public, et grâce aux élus évidemment. De quoi créer un climat, des émotions propices à des élans sonnants et trébuchants de la part des financeurs habituels ? Certitude, les besoins d’investissement de Gares et Connexions sont considérables.
« Dans le plan stratégique de Gares et Connexions que nous présenterons au cours d’un conseil d’administration en novembre, nous porterons à 500 millions par an l’effort de rénovation contre 350 millions actuellement avec une priorité accordée aux gares remarquables » dévoile le dirigeant, soulignant au passage la fragilité du modèle économique de Gares et Connexions.
La filiale rattachée directement à SNCF Réseau fonctionne avec des recettes tirées des entreprises ferroviaires et des commerces ainsi qu’avec des subventions de l’Etat, des régions ( qui règlent aussi l’addition des péages de leurs TER en gare ) et des communes. Pour boucler les factures, « nous avons intérêt à aller voir les communes car les gares constituent la porte d’entrée dans une ville. »
Murement réfléchie, la stratégie épouse la philosophie de la lettre du 3 septembre où Jean Castex s’adresse aux cheminots. Le PDG leur annonce que pour accélérer l’adaptation au changement climatique, la SNCF s’apprête à solliciter « l’État et les autorités organisatrices » pour obtenir des « moyens juridiques et financiers complémentaires ».
Mais avec les efforts budgétaires qui se profilent, miser tout sur un hypothétique surcroit de générosité des sponsors publics serait source de désillusion. Issu de la Cour des Comptes, Alain Resplandy-Bernard le sait. Diplômé d’HEC, le chef des gares a d’autres plans reposant sur la captation d’argent privé.
« Je pense que nous verrons arriver des mécènes pour aider à la rénovation des gares. Mais pour l’instant, ce n’est pas possible. Il faut faire sauter un verrou législatif car on ne peut pas recevoir et utiliser soi-même les fonds » éclaire-t-il comme si le traitement de la question était sur sa rampe de lancement.
Nul doute que les plus de 840 millions d’euros déversés par des donateurs privés pour reconstruire Notre-Dame de Paris ont frappé les esprits. Verra-t-on un jour les grandes fortunes comme les familles Arnault, Bettencourt, Pinault, etc faire un geste ferroviaire remarquable ? Si certaines comme la gare du Nord reçoivent souvent ce titre, toutes ne sont pas des cathédrales, encore moins des cathédrales ravagées par les flammes. Il n’y a pas le feu. Mais c’est urgent !
Marc Fressoz
